Un éternel Treblinka ou comment nous ne tirons aucune leçon du passé

Publié le par VegThemAll!

livre-un-eternel-treblinka-GF.jpgCommencée la veille au soir, ma lecture du livre de Charles Patterson s’est achevée 24h plus tard. Et pour cause, dès les premières lignes du livre, vous avez du mal à décrocher. On y parle de l’Histoire, de l’esclavage, des Indiens d’Amérique, ainsi que toutes les formes de violence humaine à l’égard d’une ‘race’ ou d’une ‘espèce’ jugée différente et inférieure. Charles Patterson nous peint le paysage d’un monde dont la cruauté trouve ses racines dans la façon que l’homme a de traiter les animaux non humains.

La base du livre fait le parallèle entre le sort réservé aux animaux servant de bétail et celui des juifs victimes de la Shoah. Nombreux pourront être ceux qui s’offusqueront d’une telle comparaison. Et pourtant... L’explication, donnée elle-même par des juifs, victimes de près ou de loin de la tragédie de l’Holocaust, vaut la peine d’être entendue.
On y parle de la contribution de l’industrialisation de l’élevage à la naissance de l’eugénisme, lui-même conduisant à la politique d’hygiène raciale.
L’eugénisme partait du principe que le patrimoine génétique détermine la valeur de chaque être humain, hors de tout contexte social ou extérieur. Cette théorie avançait donc que le ‘mal’ touchant certains individus (qu’il soit mental ou physique) ne pouvait être qu’héréditaire. Ainsi, un criminel ne pourra donner naissance qu’à un criminel, et ainsi de suite. Après la mise en place par les Etats-Unis et l’Allemagne d’une stérilisation de masse, il fallut se poser la question de savoir ce qu’il fallait faire de cette partie d’individus déjà existants...
Hitler s’intéressa de près à l’eugénisme et à l’hygiène raciale et s’en servit pour exterminer les handicapés. Cependant, il recherchait tout de même une façon ‘humaine’ de s’en débarrasser. C’est alors qu’on lui suggéra l’intoxication au monoxyde de carbone. Et voici comment naquit l’ancêtre des chambres à gaz.

Pour l’annecdote, ce livre pourra également vous servir à enfin connaître la vérité (si tant est que ce soit possible) sur l’origine du mythe selon lequel Hitler était végétarien.

Enfin, si je ne devais retenir qu’une seule phrase de ce livre, je choisirais celle qui donne le plus d’espoir et fait avancer. Celle-ci provient du témoignage d’une descendante de victimes de la Shoah :
Si peu d’entre nous font quoi que ce soit pour eux [les animaux] ! Mais j’ai entendu dire qu’il ne faut que dix pour cent de gens pour faire un révolution. P.207

Pourquoi j’aime ?

Voici un ouvrage qui aborde la question de la soufrance animale autrement. Une approche différente et d’autant plus frappante qu’elle nous présente les choses comme une évidence que l’on aurait du mal à renier... à moins d'être un profond négationiste dans l'âme.

Extraits :

Freud traitait cette domination autoproclamée de l’homme sur les autres habitants de la planète de ‘mégalomanie humaine’ .   p.19

Les méthodes de ‘transformation’ utilisées à Auschwitz étaient, sous une forme grotesque, les mêmes technologies modernes dont nous dépendons tous. Nombre de créatures vivantes sont entassées dans des lieux horribles, transportées sans eau ni aliment, entraînées dans des abattoirs, des parties de leur corps utilisées ‘efficacement’ pour fabriquer des saucisses, des chaussures ou des engrais. P.87

En 1922, [Henry] Ford révélait que son idée de la chaîne de production était née après une visite, adolescent, d’un abattoir de Chicago. p.113
[ Henry Ford joua un rôle important : véritable modèle pour Hitler, il lança une vaste campagne antisémites contribuant à la mise en oeuvre de la Shoah. ]

L’étude de l’histoire humaine révèle ce schéma : d’abords, les êtres humains exploitent et massacrent des animaux, puis ils traitent les autres humains comme des animaux et leur font subir le même sort.  p.163

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